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PREVNet – Principes d’élaboration de politiques
Dans la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par les Nations Unies, il est spécifié que tous les enfants doivent être protégés contre les pratiques abusives. Au Canada, des lois protègent les citoyens contre toute forme d’abus. Alors comment expliquer notre laxisme face à l’intimidation exercée jour après jour sur des milliers d’enfants par leurs pairs ? Il faut dire que nous reconnaissons depuis peu les effets pervers et à long terme de l’intimidation chez les enfants qui en sont victimes; d’autre part, nous tardons à mettre au point des mesures éducatives, légales et sociales visant à promouvoir des interventions scientifiquement éprouvées et efficaces. En raison de notre laxisme, les enfants abuseurs et les enfants abusés risquent à tout moment de vivre des difficultés d’ordre social ou psychologique. Par ailleurs, l’opinion populaire voulant que « ce ne sont que des jeux d’enfants » et « il faut bien que les jeunes s’endurcissent » nous mène droit vers une injustice sociale, celle d’avoir des lois et des politiques qui protègent adéquatement les adultes contre le harcèlement mais bien peu nos enfants contre l’intimidation perpétrée par leurs pairs.
Nos politiques régissant le harcèlement (sexuel, racial, etc.) entre adultes constituent une modèle solide sur lequel nous appuyer pour nous doter d’un programme de prévention et d’intervention précoce et efficace afin de protéger les enfants et les adolescents victimes d’intimidation par leurs pairs. Nous pouvons également implanter des politiques parallèles dans nos écoles et nos communautés qui permettront à tous les citoyens de vivre ensemble en toute sécurité et dans le respect mutuel.
L’élaboration de politiques contre l’intimidation repose sur cinq principes fondamentaux:
1. Définir clairement ce qu’est l’intimidation
- Il est essentiel de définir clairement ce qu’est l’intimidation lorsqu’on élabore une politique visant à protéger les enfants et les jeunes. Cette définition doit mettre l’accent sur l’agression et les jeux de pouvoir ainsi que sur la violence physique, verbale, sociale et la cyberintimidation perpétrées directement ou indirectement par les abuseurs; on doit aussi reconnaître les diverses formes d’intimidation qui changent selon l’âge de l’enfant. Cette définition doit s’étendre au harcèlement sexuel et racial, aux comportements déviants et aux commentaires désobligeants portant sur les différences ou les handicaps. Il est essentiel de mentionner que l’abuseur affirme progressivement son pouvoir sur sa victime par une intimidation répétée et reconnaître les effets néfastes de ces abus sur toutes les personnes impliquées. On doit spécifier que toute expérience « indésirable » provoquant de la détresse chez la victime est, de fait, une forme d’intimidation ; on reconnaît ainsi la profonde détresse dont souffre une personne victime d’intimidation. Enfin, il est important de souligner le rôle des témoins en affirmant que ces derniers font partie du problème s’ils ne réagissent pas ou, mieux encore, ils font partie de la solution lorsqu’ils interviennent efficacement afin de prévenir ou de mettre fin à l’intimidation.
2. Démontrer que cette politique s’applique à tous les membres de l’école et de la communauté
- Toute politique visant à contrer l’intimidation doit décrire les comportements à adopter lorsqu’il y a interactions entre les enfants, les jeunes et les adultes au sein de la communauté - par exemple, entre les élèves et les enseignants ou la direction de l’école, les surveillants d’un terrain de jeux, les chauffeurs d’autobus scolaire, les animateurs de groupe, etc. Il est essentiel de définir clairement ce que sont l’intimidation et le harcèlement, d’énumérer les restrictions qui s’y rattachent en prenant soin d’y inclure tous les membres de la communauté oeuvrant au sein de l’école, d’une équipe, d’un centre des loisirs, d’un camp ou de tout autre organisme pour les jeunes. De plus, il faut souligner à grands traits le rôle que jouent les pairs lorsqu’il y a intimidation. Les témoins encouragent l’intimidation en ne réagissant pas mais, en intervenant, ils contribuent activement à la combattre. Dans ce contexte, l’adulte assume naturellement un rôle d’autorité et de modèle vis-à-vis les enfants; à ce titre, il doit veiller à ne jamais abuser de son pouvoir par intimidation et à ne jamais se montrer violent ou abusif envers un enfant.
3. Exprimer clairement notre engagement à résoudre ce problème d’intimidation
- Cette politique doit servir d’avertissement et annoncer à tous les membres de la communauté que ce problème d’intimidation est pris au sérieux et qu’on s’engage à faire cesser tout incident du genre dès qu’on en prend connaissance. La communication est la clé de voûte permettant d’identifier les cas existants. Il faut encourager les enfants victimes d’intimidation ainsi que les jeunes témoins à réagir efficacement ou à dénoncer ces abus à un adulte de confiance. Mais il n’est pas facile de dénoncer une telle situation, les obstacles sont nombreux : les enfants craignent les représailles des abuseurs, vivre l’intimidation à répétition est souvent une expérience honteuse et, qui plus est, l’intimidation dénoncée à un adulte est trop souvent traitée comme un problème mineur. Nous devons absolument offrir toute notre attention à l’enfant en détresse et lui montrer notre détermination à le protéger dorénavant contre ces abus. Lorsqu’il tente de régler un problème d’intimidation, l’adulte doit écouter attentivement l’enfant raconter son expérience de personne abusée, il doit se mettre dans ses souliers afin de bien ressentir l’impuissance vécue par l’enfant. Alors seulement saura-t-il comprendre toute sa détresse et répondre adéquatement à ses besoins.
4. Présenter des procédures d’intervention claires visant à résoudre un problème d’intimidation
- Une politique visant à contrer l’intimidation doit proposer des stratégies visant à évaluer la situation, implanter des mesures et faire un suivi lorsque se produit un incident. Bien que tous les membres de la communauté doivent se sentir interpellés par cette lutte contre l’intimidation, il importe de décrire le rôle et les responsabilités des personnes qui assumeront chacune de ces tâches ; on les encourage ainsi à s’engager et à agir concrètement afin que les enfants impliqués reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin. Les enfants victimes ou témoins d’intimidation doivent connaître l’identité d’un adulte désigné, préparé et sensible à leur cause et qui saura recevoir adéquatement leurs confidences ou la dénonciation d’actes malveillants. Cet adulte désigné doit pouvoir évaluer le degré de détresse de l’enfant et les risques encourus par cette victime d’intimidation. Pour ce faire, il doit mesurer la sévérité des actes posés, la durée d’une telle situation, la fréquence et la persistance des abus (voir Pepler & Craig, 2000). Selon la gravité de la situation, l’adulte désigné soutiendra la victime en appliquant la mesure la plus adéquate et en confrontant le ou les enfants qui exercent l’intimidation. Pour intervenir et soutenir l’enfant victime s’il s’agit d’un cas mineur, l’adulte désigné peut simplement écouter cet enfant attentivement, revoir avec lui sa façon de répondre à ses assaillants, lui enseigner à s’affirmer et faire un suivi pour s’assurer que l’intimidation a pris fin. Lorsque la situation est plus sérieuse et que l’enfant victime risque de vivre une détresse profonde, il est impérieux de mettre en place des mesures qui mettront définitivement fin à l’intimidation dont il fait l’objet. Les stratégies d’aide à l’enfant peuvent s’étendre alors à toutes les sphères de sa vie : sa famille, ses pairs, son école et parfois même à un groupe communautaire hors du réseau où se produit l’intimidation. Les mesures adoptées ne doivent en aucun cas pénaliser davantage l’enfant victime d’intimidation, par exemple en le retirant du lieu où se produit l’intimidation (comme son école, son équipe sportive, etc.) Il est important d’évaluer les vulnérabilités et les forces en devenir de l’enfant victime d’intimidation afin de planifier un mode d’intervention visant à rehausser la confiance et l’estime de soi chez cet enfant et rétablir sa réputation au sein de son groupe social (Pepler & Craig, 2000). L’adulte désigné pour soutenir l’enfant victime d’intimidation doit maintenir un dialogue constant et ouvert avec toutes les personnes impliquées afin de s’assurer que cet enfant ne subira pas de représailles de la part de ses pairs. Les stratégies visant à aider les enfants abuseurs sont décrites plus loin.
5. Énumérer les conséquences éducatives pour l’enfant ou le jeune qui intimide ses pairs
- Toute politique efficace se doit de préciser les mesures et les conséquences éducatives qui attendent un jeune ayant intimidé leurs pairs. La mesure adoptée doit respecter le degré de développement de cet enfant, sa capacité psychosociale, ses forces et ses défis personnels. La stratégie employée doit tenir compte de tous ces aspects. De plus, à l’instar d’une mesure d’aide auprès d’un enfant victime, l’intensité de cette mesure doit correspondre à la sévérité du comportement déviant allégué. On atteint divers objectifs en appliquant avec constance une politique d’intervention. L’enfant victime d’abus sait qu’il peut compter sur ce soutien; on reconnaît que l’enfant qui intimide ses pairs a lui aussi besoin d’aide; on lance un message clair à la population, à savoir que l’intimidation ne sera pas tolérée au sein de l’école ou de l’organisme et qu’il nous tient à cœur de maintenir des lieux où il fait bon vivre, en toute sécurité. Toute stratégie d’intervention doit également s’adresser aux jeunes qui ont été témoins des incidents et ont appuyé les abuseurs.
- Quelque soit le cas d’intimidation, les enfants et les jeunes impliqués doivent toujours être tenus responsables de leurs actes répréhensifs et abusifs. Lors d’une intervention, il est important de ne jamais intimider un enfant qui intimide ses pairs car ce dernier pourrait éprouver de l’hostilité ou se sentir aliéné. Nous recommandons d’établir des conséquences éducatives qui, d’une part diffusent clairement le message que l’intimidation est un comportement inacceptable et, d’autre part éveillent la conscience de l’enfant et misent sur ses talents et apprentissages pour l’amener à adopter une attitude positive et responsable (Pepler & Craig, 2000). Des conséquences éducatives offrent à l’enfant la possibilité de développer ses aptitudes relationnelles et d’acquérir des notions manquantes. Ce faisant, nous aidons et soutenons le développement d’un enfant en difficulté. Ces jeunes qui intimident leurs pairs ont alors la chance de renverser la situation en mettant leur pouvoir et leur ascendant au service d’un leadership positif. Dans une politique d’aide pour jeunes abuseurs et agresseurs, on peut prévoir diverses étapes et suivis afin de soutenir ces enfants dans tous les milieux de leur vie comme la famille, les groupes de jeunes, l’école et la communauté. Nous ne devons jamais laisser tomber les jeunes agresseurs car les laisser sans aide et sans soutien équivaut à les déclarer irrécupérables. Si nous expulsons de nos écoles et de nos communautés les jeunes à risque élevé, nous les privons de toute possibilité de recevoir une aide précieuse dans un milieu sécurisant. Selon la recherche, il existe des stratégies d’intervention efficaces pouvant aider tous les jeunes et mêmes les plus mal en point au sein de notre société (Chamberlain & Reid, 1998; Henggeler, Schoenwald, Borduin, Rowland, & Cunningham, 1998).
Tous les membres d’une institution scolaire ont les mêmes droits dont celui d’évoluer en sécurité et d’être accepté dans son milieu d’appartenance. Promouvoir de saines relations et éliminer la violence est l’affaire de tous et chacun. Les adultes jouent un rôle essentiel dans le développement de relations saines chez les jeunes. Tous les adultes ont la responsabilité de créer un environnement sain, de promouvoir de bonnes relations et de mettre un terme à la violence dans la vie des enfants et des jeunes. Comme ils sont des modèles aux yeux des enfants, ils doivent donner l’exemple et s’abstenir d’exprimer toute forme d’agressivité. Les adultes ont le devoir de garder l’œil ouvert, d’écouter et de mettre à découvert les cas d’intimidation afin de les enrayer. Ils peuvent également mettre sur pied des activités sociales dans le but de protéger et de soutenir les saines relations des enfants et d’enrayer toute forme d’intimidation.
Des politiques pour le Canada
En appliquant les principes énoncés dans la Convention pour les droits des enfants, adoptée par les Nations Unies, PREVNet s’engage à conscientiser et aider tant les agresseurs que les victimes d’actes d’intimidation. Notre objectif est d’offrir à tous les enfants et les jeunes canadiens l’assurance de vivre dans un milieu sûr et sain et de les protéger contre toute agression provenant de leurs pairs à la maison, à l’école et dans le voisinage. S’il est vrai que le Canada s’engage à contrer la violence et à assurer le mieux-être et la santé de nos enfants, alors nous nous devons de combattre l’intimidation car cette pratique consolide à long terme l’adoption de relations interpersonnelles reposant sur la dominance et la violence (ex. violence dans les relations amoureuses, harcèlement sexuel, harcèlement en milieu de travail et violence familiale). En contrant l’intimidation et la victimisation dès le plus jeune âge auprès des enfants et des adolescents, nous contribuons à bâtir une société juste et sécuritaire dans un effort commun, au Canada.
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