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PREVNet – Modes et principes d’intervention
On ne saurait prévenir et contrer l’intimidation sans avoir recours à des stratégies efficaces élaborées par des chercheurs scientifiques. Notre double perspective nous permet d’affirmer que la réussite d’une intervention dépend non seulement des enfants en cause mais aussi de l’approche utilisée dans un cadre donné – à l’école, au sein d’une équipe ou d’un centre communautaire. En d’autres termes, quelque soit la stratégie ou le programme choisi, il doit être revu et adapté en fonction des besoins des enfants visés et des relations que ces jeunes entretiennent, dans ce contexte particulier.
Pour que les enfants apprennent à établir de saines relations entre eux, ils doivent d’abord vivre de saines relations avec les adultes. C’est là une assise. Lorsqu’on implante un programme d’intervention, l’approche privilégiée et le climat social qui prévaut sont des aspects dont il faut tenir compte et ce, même si ce programme fournit des résultats empiriques probants et semble très efficace.
À la lumière de ces principes, nous avons élaboré une série de mesures d’intervention dont l’efficacité fut scientifiquement prouvée:
Tout programme d’intervention doit être éprouvé par la recherche et évalué régulièrement
- La recherche met en lumière divers aspects reliés à l’intimidation comme les mécanismes, les tactiques et méthodes, les risques et les modes de protection. Un programme d’intervention scientifiquement éprouvé tient compte de tous ces facteurs.
- Il ne suffit pas toujours d’implanter un programme d’intervention pour en assurer l’efficacité. Certaines mesures ont parfois un impact négatif qui se révèle lors de l’évaluation (Dodge, Dobson & Langford, 2006).
- L’évaluation d’un programme d’intervention permet de déterminer si les problèmes d’intimidation persistent ou non, de trouver de nouvelles pistes d’intervention ou d’apporter les changements nécessaires.
Le développement de l’enfant doit être au cœur de tout programme d’intervention visant à contrer l’intimidation
- L’intimidation est une interaction dynamique qui se déploie et se cristallise avec le temps. Nous devons donc intervenir pour briser le schéma d’interactions en cours et permettre aux enfants de sortir de leurs rôles respectifs en matière d’intimidation. L’enfant qui intimide ses pairs a besoin de conséquences éducatives (plutôt que punitives) – des interventions qui, d’une part, diffusent clairement le message que l’intimidation est un geste inacceptable et qui, d’autre part, éveillent la conscience de l’enfant, misent sur ses talents, son empathie et ses inspirations et lui offrent une alternative, un nouveau mode de fonctionnement qui remplacera les actes d’intimidation. L’enfant victime d’intimidation doit, quant à lui, se sentir soutenu et en sécurité pour réussir à établir de saines relations avec ses pairs.
- L’intimidation s’exprime différemment à mesure que l’enfant grandit, que ses aptitudes et ses intérêts changent. Les formes d’intimidation varient selon l’âge et le sexe. Les agressions verbales et physiques apparaissent en premier, suivies des agressions sociales lorsque l’enfant prend conscience des pensées de l’autre, de ses sentiments et de ses différences. Chez les garçons, les agressions physiques sont plus fréquentes que chez les filles qui, elles, privilégient les agressions sociales. À l’âge de la puberté, on voit apparaître le harcèlement sexuel utilisé comme une arme pour déstabiliser l’autre en l’attaquant dans sa plus grande vulnérabilité. L’intimidation raciale fait surface lorsque l’enfant prend conscience des différences et vulnérabilités culturelles ainsi que des préjugés raciaux. Récemment, la cyberintimidation (via l’Internet ou le téléphone cellulaire) a vu le jour; cette nouvelle arme permet d’embarrasser ou de déstabiliser l’autre dans le confort de l’anonymat. Bref, les programmes d’intervention doivent être adaptées aux enfants et aux adolescents, selon leur sexe et leur degré de maturité.
- L’intimidation s’installe d’abord au préscolaire, se poursuit ensuite au primaire et au secondaire et même au-delà. Il est donc essentiel d’intervenir très tôt et de soutenir sans relâche le maintien de saines relations. Il semble que les cas d’intimidation augmentent pendant les périodes de transition en milieu scolaire, ce qui nous incite à encourager la prévention afin d’éviter que la situation ne s’envenime. Ces interventions doivent s’adapter et répondre aux besoins et aux aptitudes des différents groupes d’enfants. Si nous n’intervenons pas dès son plus jeune âge, l’enfant fait l’apprentissage du jeu de pouvoir et de l’agression en s’adonnant à l’intimidation dans la cour de l’école; or, ces comportements peuvent se transposer, à l’âge adulte, en harcèlement sexuel, violence dans les relations amoureuses et autres formes d’abus de pouvoir. En contrepartie, toute intervention pour contrer l’intimidation devient une fondation sur laquelle l’enfant peut enfin s’appuyer pour créer de saines relations, tout au long de sa vie.
- Le degré d’intensité des interventions varie selon les besoins et les aptitudes des enfants en cause. Ultimement, la majorité des enfants seront un jour impliqués dans une forme ou une autre d’intimidation et en seront victimes, dans une certaine mesure. Chez une petite minorité d’enfants seulement l’intimidation sera à la fois répétitive, fréquente, sérieuse, continue et persistante sur une longue période et ce, qu’il soit agresseur ou agressé. Ces derniers auront besoin d’une intervention plus soutenue, bien adaptée à leurs besoins individuels, leurs talents et leurs antécédents. Souvent, ces enfants vivent des difficultés personnelles graves qui ne relèvent plus de l’école. Il faut alors référer le cas de ces enfants et de leur famille aux services communautaires du quartier. PREVNet s’est associé à un vaste réseau d’organismes nationaux afin de promouvoir ces stratégies d’intervention et de les faire connaître dans toutes les communautés, à travers le Canada.
- L’intimidation relève d’un problème lié à la fois au comportement et aux croyances. Il est vrai que l’intimidation s’installe lorsque les enfants développent certaines attitudes entre eux. Mais nous devons tenir compte d’un autre élément important: la façon dont les enfants perçoivent le bien et le mal, les sentiments et les droits d’autrui de même que leurs responsabilités personnelles. Nos interventions visant à promouvoir de saines relations doivent tenir compte du développement du jeune et de ses besoins partout où il vit, joue, étudie et travaille. L’enfant ou le jeune peut avoir besoin d’aide pour acquérir certaines connaissances: empathie, aptitudes sociales, contrôle du comportement et des émotions, attitudes, maturité morale, résolution des conflits et leadership.
S’appuyant sur ces principes de base, nos stratégies d’intervention doivent:
- Promouvoir une attitude positive et des stratégies d’intervention auprès de tous : les enfants, les jeunes, les parents, les adultes significatifs et les membres de la communauté.
- Aider les enfants et les jeunes à mettre au point des stratégies d’intervention efficaces.
- Offrir aux adultes des stratégies de communication et d’intervention pour contrer l’intimidation.
- Créer des liens et des réseaux de soutien entre les organismes communautaires.
- Élaborer des stratégies répondant aux différentes formes d’intimidation et s’adaptant aux garçons comme aux filles selon leur groupe d’âge.
- Assurer une intervention tôt dans la vie de l’enfant et offrir un soutien constant et permanent au fil des ans.
- Élaborer des stratégies sur mesure pour les enfants et les jeunes dont le degré de risques diffère.
- Modifier les comportements et les croyances qui incitent à l’intimidation.
Les relations de l’enfant doivent être au cœur de tout programme d’intervention visant à contrer l’intimidation
- L’intimidation est un problème relationnel entre l’enfant agresseur et l’enfant agressé. Il ne suffit pas d’intervenir auprès de l’un ou de l’autre. On ne saurait promouvoir de saines relations sans venir en aide aux deux personnes impliquées dans ce rapport de force.
- Toute solution à l’intimidation doit s’adresser à tous les enfants impliqués à savoir l’agresseur, la victime et les témoins. Selon nos recherches et observations, les pairs jouent un rôle de premier plan puisqu’ils ont le pouvoir d’exacerber ou de mettre un terme à une situation d’intimidation. Une intervention qui s’adresse aux pairs peut renverser le rapport de force et promouvoir de saines relations au sein du groupe.
- Pour développer de saines relations entre eux, les enfants doivent d’abord entretenir de saines relations avec les adultes qui les entourent. Les enseignants, les parents et les adultes significatifs leur servent de modèles; à travers eux, les enfants acquièrent des aptitudes et des comportements relationnels et apprennent à interagir différemment entre jeunes, selon le contexte. Pour apprendre à vivre de saines relations, un enfant doit observer et côtoyer des adultes qui sauront lui enseigner par l’exemple l’art de créer de saines relations avec les jeunes comme avec les adultes.
- Pour être efficace, une mesure d’intervention doit être systémique et globale. Elle doit s’étendre à toutes les personnes impliquées dans une situation d’intimidation soit les pairs, les parents, les adultes significatifs et les membres de la communauté. La réussite de cette intervention repose sur notre capacité à l’adapter à chacun de ces groupes de personnes car les interactions au sein de chaque groupe peuvent contribuer à combattre ou encourager l’intimidation et la victimisation.
- Les pairs sont au cœur de la dynamique de l’intimidation et de sa solution. Nos recherches et observations démontrent que dans 85% des cas, les pairs sont présents lorsqu’il y a actes d’intimidation dans la cour de l’école. La dynamique qui s’installe naturellement veut que la majorité des jeunes qui sont témoins de la scène se contentent d’observer sans intervenir, ce qui renforce le sentiment de pouvoir de l’agresseur; une minorité de jeunes tentera de s’interposer pour venir en aide à la victime. L’intervention vise à faire basculer ce rapport de force, c’est-à-dire réduire le nombre de jeunes qui appuient l’agresseur et obtenir une majorité de témoins qui s’interposent pour soutenir la jeune victime. Pour parvenir à ce résultat, nous devons éduquer nos enfants afin d’éveiller un sentiment d’empathie pour la victime et une conscience des responsabilités individuelles. En Norvège, les enseignants qui utilisent l’approche Olweus invitent leurs élèves à adopter un code de conduite, clarifiant ainsi les comportements qu’on attend d’eux. En général, un programme d’intervention visant les pairs incite les élèves à réagir dès qu’ils sont témoins d’actes d’intimidation et encourage la majorité des jeunes qui désapprouvent cette situation à prendre action. Des adultes doivent seconder ces jeunes en leur apprenant à utiliser des stratégies d’intervention efficaces et à résister à la dynamique de groupe, lorsqu’il y a intimidation.
- L’enfant apprend à établir de saines relations grâce aux adultes qui sont, à la fois, un soutien et un modèle à suivre. Les adultes ont la responsabilité de créer un environnement sain dans lequel l’enfant peut développer ses aptitudes et ses talents relationnels ; ils doivent tenter d’éliminer les lieux et les occasions favorables aux interactions négatives entre jeunes. En observant les dynamiques interpersonnelles dans la vie de l’enfant, les adultes peuvent initier des activités sociales qui auront le mérite de protéger et de soutenir le déploiement de saines relations tout en réduisant les occasions d’intimidation et de harcèlement. Aux yeux de l’enfant, tous les adultes sont des modèles. C’est pourquoi ils ont la responsabilité de donner l’exemple et de s’abstenir de toutes formes d’abus de pouvoir ou d’agressivité.
- L’intimidation est un problème communautaire. Elle peut surgir à tout moment, là où les enfants et les ados s’amusent et travaillent. Pour contrer ce fléau, nous devons offrir notre soutien constant dans toutes les sphères d’activités de l’enfant, là où il vit, s’amuse et travaille: à la maison, au sein des équipes sportives, dans les centres de loisirs et dans son quartier. Si dans tous ses milieux de vie et sans jamais défaillir, nous véhiculons le même message, la même action et le même soutien pour contrer le phénomène de l’intimidation, nous saurons promouvoir avec succès de saines relations auprès des enfants et des jeunes vivant au Canada.
S’appuyant sur ces principes de base, nos stratégies d’intervention doivent:
- Offrir un soutien aux enfants qui intimident leurs pairs tout comme aux enfants qui en sont victimes.
- Proposer une solution relationnelle à tout problème relationnel.
- Faire basculer les dynamiques et jeux de pouvoir au sein d’un groupe de jeunes.
- Aider les adultes à reconnaître les abus de pouvoir au sein d’une relation.
- Offrir aux enfants et aux adultes des stratégies d’intervention pour contrer l’intimidation avec succès.
Le leadership est le fondement de la promotion des relations saines et de l’élimination de la violence
- Le leadership est la bougie d’allumage qui permet d’obtenir le soutien et l’action indispensables pour contrer l’intimidation. La réussite d’un programme de prévention contre l’intimidation repose sur l’engagement, la compréhension et l’action des dirigeants d’un organisme. Ces derniers préparent le terrain et, ultimement, fournissent le temps, les ressources et les occasions nécessaires à l’implantation d’un programme d’intervention.
- Le leadership de tous les adultes est essentiel pour assurer le bon fonctionnement du programme et soutenir le déploiement de saines relations. L’implantation et l’efficacité de tout programme d’intervention repose sur l’engagement réel des adultes à mener à bien cette action, leur désir profond de contrer toute forme d’intimidation et le sentiment de bien comprendre ce phénomène et d’avoir la formation et les compétences voulues pour y répondre. Leur rôle s’étend bien au-delà des frontières du programme d’intervention, il se poursuit dans leurs relations quotidiennes avec les enfants et les jeunes. En fait, les adultes qui entretiennent de bonnes relations avec les enfants et qui font la promotion de structures sociales positives ont une influence directe et favorable sur le phénomène de l’intimidation et de la victimisation dans notre société.
- Dans la promotion de saines relations, tous les adultes ont un rôle important à jouer. C’est dans ses contacts avec les adultes que l’enfant apprend à établir de saines relations. C’est pourquoi tous les adultes veillant au bien-être des enfants jouent un rôle de premier plan pour prévenir et contrer l’intimidation. Au foyer, les parents aident l’enfant à développer ses compétences relationnelles au quotidien mais ils servent aussi de modèles sur l’art d’utiliser son pouvoir personnel. Pour être efficace, tout programme de prévention contre l’intimidation doit avoir recours aux parents qui offriront leur soutien à l’enfant et l’aideront à transposer, à la maison, ses nouvelles connaissances en matière d’intimidation et de relations saines. Dans la communauté, les intervenants en loisirs ont aussi un rôle déterminant à jouer, celui de promouvoir de saines relations au sein des équipes sportives, des centres de loisirs et au cours des activités parascolaires. Si nous offrons aux enfants et aux jeunes canadiens le même message, la même réponse et le même bon exemple en matière d’intimidation, et ce sans relâche dans toutes les sphères d’activités, nous contribuerons à donner à nos jeunes un apprentissage fondamental, celui de créer de saines relations tout au long de leur vie.
S’appuyant sur ces principes de base, toute mesure et tout programme de prévention visant à contrer l’intimidation doivent s’inspirer des quatre grands piliers de PREVNet afin d’élaborer:
- des programmes de formation et des directives conçus pour les leaders désireux de contrer le phénomène de l’intimidation;
- des programmes de formation et des directives conçus pour les autres adultes désireux de contrer le phénomène de l’intimidation.
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